Nommé il y’a quelques temps à la tête du programme environnement et développement durable, Sekou Gaoussou SYLLA se prononce sur plusieurs sujets à savoir le couvert végétal, le climat, l’énergie ou encore la gestion des déchets à Conakry. Ses projets et ambitions tout est dévoilé dans cet entretien à bâtons rompus réalisé par Idiatou CAMARA.

 M.SYLLA, comment se porte aujourd’hui notre environnement ?

Merci pour cette opportunité, je dirai que notre environnement se porte mal pour être honnête. Les écosystèmes de montagnes ont perdu leur couverture, l’érosion fait son effet, la fabrication de briques cuites, l’élévation du niveau de la mer, nos forêts sont détruites, la pluviométrie a baissée. Tout cela contribue au réchauffement climatique, il faut aussi ajouter la pollution marine et minière, l’exploitation minière vous le savez détruit l’environnement bref, la situation est préoccupante et nous devons agir sans attendre.

 Que faut-il faire alors pour nous sortir de cette situation loin d’être reluisante à vous écouter

Il faut que nous agissions pour notre bien et surtout pour ne pas laisser un monde invivable pour les générations futures.

Je crois que nous ne devons pas avoir le complexe de revenir aux bonnes pratiques du passé sous le premier régime notamment. Nos leviers culturels existaient et nous aidait à mieux vivre. Par exemple, la chasse n’était pas permise toute l’année, la déforestation était contrôlée, la « loi fria » qui obligeait à tous les couples de planter des arbres le jour de leur mariage en est une illustration. Les FAPA, les fermes agricoles, occupaient les jeunes dans la communauté, on n’avait pas besoin de vivre ce que nous vivons maintenant avec nos enfants qui vont mourir dans la méditerranée. Il faut revenir à ces bonnes pratiques environnementales.

Aux citoyens, de s’engager et savoir que c’est nous qui allons tous ensemble développer notre pays et protéger notre environnement pour nous et pour les générations futures.

Aux médias aussi de nous accompagner, de s’engager en devenant des citoyens soucieux de la préservation de notre environnement.

Quelles sont les missions du Programme Environnement développement durable on vient d’ajouter l’appellation « capital naturel » pourquoi ?

 

Je voudrais pour  répondre à votre question rappeler que depuis le sommet de la terre de Rio en 1992, avec les conventions phares que sont la convention sur le changement climatique, la convention sur la diversité biologique ou encore sur la désertification, il y’a eu beaucoup d’interventions dans notre pays avec l’appui des partenaires comme le PNUD et le FEM dans le cadre de la protection de l’environnement.

Mais il n’y avait pas de synergies d’action, ce qui avait des répercussions sur les résultats escomptés. C’est ainsi que le Programme Environnement et Développement durable a été créé par l’Etat Guinéen à travers le Ministère en charge de l’Environnement avec l’appui de partenaires comme le PNUD qui a recruté de nombreux experts pour pallier à cette situation.

Aujourd’hui le programme est en train de changer d’appellation pour être « gestion durable du capital naturel ». Cela remonte à la mise en place du PNDES qui a quatre piliers, la gouvernance, l’économie le capital humain, le capital naturel. Voici un peu l’évolution.

Pour les missions, c’est naturellement la gestion durable et intégrée des ressources naturelles du pays. Notre pays est doté par dame nature de nombreuses ressources hydriques,  minières et forestières, mais les populations n’en bénéficient pas encore comme cela se devrait.

 

Nous changer cette situation, nous nous sommes inscrits comme je vous le disais dans les priorités nationales 2018-2022 du PNDES, le programme national de développement économique et social à côté de celui du PNUD. Cela dans la perspective de ‘l’atteinte des objectifs de développement durable à l’orée 2030.

Vous êtes à la tête de cet important programme il y’a peu de temps quelles sont vos priorités ? Et que comptez-vous apportez de nouveau pour sa visibilité notamment

Vous avez raison le programme n’est pas très connu nous en avons conscience et comptons y remédier avec votre appui, vous les médias.

Pour les priorités, je dois dire qu’on ne réinvente pas la roue, il faut s’adapter aux préoccupations du moment.

Pour commencer nous allons nous impliquer pour la mise en œuvre des accords et conventions, mais aussi au niveau national pour l’application des textes juridiques. C’est dans ce sens que nous avons entamé la révision du code de l’environnement vieux de 31 ans, donc ne prenant pas en compte les derniers développements dans le monde.

Nous comptons aussi investir dans la lutte contre le changement climatique avec le programme bio digesteur, un programme d’économie séculaire, à l’aide du gaz métane, qui produit l’éclairage,  la cuisine qui épargne 4 tonnes de bois de chauffe, et près de 3 hectares de surfaces boisées. Selon d’ailleurs les experts cela contribue efficacement à lutter contre le changement climatique, à travers l’atténuation. Il y’a également les bouses de vache pour l’agriculture pour 50 tonnes de fertilisants, nourrir les étangs piscicoles et l’aviculture aussi en bénéficie. L’information, l’éducation et la formation des acteurs sont également prévues à tous les échelons. Vous comprenez donc que c’est une chaine de valeur et nous comptons nous y investir.

Vous avez parlé de renforcement de capacités de mobilisation à quoi vous faites référence ?

Chaque année il y’a beaucoup d’argent qui retourne chez les partenaires financiers par ce que nous n’arrivons pas à les absorber comparé à d’autres pays du continent. Donc nous comptons remédier à cet état de fait par la formation des cadres et acteurs concernés. L’objectif est de mobiliser le maximum de fonds pour la mise en œuvre de nos projets que nous avons déjà élaborés.

Qu’en est -il de l’hygiène et de l’assainissement vous n’en avez pas parlé ?

Vous savez l’environnement a un caractère transversal. En ce qui concerne la gestion des déchets solides urbains, la pré collecte, la collecte et le transfert c’est le Ministère de l’Administration qui en a la charge à travers les collectivités, même si vous avez vu que la gestion passait de département à département, c’est ainsi depuis l’administration coloniale. Quant à la décharge contrôlée cela relève du domaine du Ministère de l’Environnement, malheureusement il n’y qu’une seule décharge contrôlée  qui se trouve à Kamsar dans la région de Boké.

Concernant l’assainissement nous avons un programme avec l’UNICEF qui concerne l’éradication de la défécation à l’air libre, donc des localités du pays où cela se passe encore sont identifiées afin qu’elles soient dotées de latrines pour la santé et le bien être de ces populations du pays profond.

Monsieur le Directeur National, si on vous demandait aujourd’hui de citer vos solutions à vous pour rendre Conakry propre, par ce que jusqu’à date toutes les initiatives tardent encore à produire des résultats, que répondriez-vous ?

 Les déchets sont inhérents à notre existence, cela depuis la naissance jusqu’au décès nous produisons des déchets. Tout le monde génère des déchets, le bébé qui naît aujourd’hui avec ces couches en produit et c’est ainsi toute la vie.

Pour mes propositions, je dirai qu’il faut trouver des dépotoirs, rompre avec ces dépotoirs sauvages comme c’est le cas actuellement à travers toute la capitale. C’est tout un mécanisme, il faut trouver des points de regroupements, des transferts et une meilleure gestion des dépotoirs, et dès qu’une chaine est rompue le reste ne marche plus. J’ai été Directeur du SPTD le service public de transfert de déchets, j’ai fait des propositions pour décentraliser la structure, pour former des agents communaux et communautaires pour créer une ligne dynamique de SPTD communale, mais malheureusement, je n’ai pas été compris et l’argent prenait une autre destination.

Il faut aussi mettre de l’argent dans le secteur, l’assainissement ça coûte cher, il faut investir dans le domaine.

Pour le ratio par exemple, pour la gestion d’une tonne de déchets en Guinée est de 3 euros, soit 30 000 GNF alors que dans d’autres pays de la sous-région il est entre 10 et 15 euros.

 

 

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