La Journée mondiale de la Biodiversité est célébrée tous les 22 mai. Dans le cadre de la mise en œuvre du projet Afrikibaru2 en Guinée, des journalistes bénéficiaires du projet dont Radio Environnement, étaient sur le terrain dans la commune rurale de Kouriah à 60 kilomètres de Conakry.
Sur place, force est de constater avec acuité les ravages silencieux sur la biodiversité, les écosystèmes locaux. Forêts rasées, cours d’eau asséchés, faune en forte état de disparition. ici les habitants vivent au rythme des explosions et de la poussière.
Une commune marquée par la présence de nombreuses carrières La commune rurale de Kouriah, dans la préfecture de Coyah, fait face depuis plusieurs années à une. intensification des activités d’exploitation du granite. Cette situation transforme progressivement le paysage, fragilise les écosystèmes locaux et impacte les conditions de vie des populations. Selon les autorités locales, la zone abrite une dizaine de carrières, dont certaines sont en activité permanente.
Le sSecrétaire Général de la commune, Mamadou Atigou Bah, décrit une situation tendue : « Kouriah abrite aujourd’hui à peu près une dizaine de carrières qui ne sont pas toutes fonctionnelles. Certaines ne fonctionnent pas, tandis que d’autres sont en activité. Tout récemment, nous avons tenu une réunion afin que la route soit reprofilée au profit de la population, ou qu’à défaut, les sociétés. acceptent de l’arroser pendant la saison sèche, à cause de l’énorme quantité de poussière. Il fut un
temps où la jeunesse s’est mobilisée pour barrer la route. Il a fallu mon implication, ainsi que celle du directeur préfectoral, pour apaiser les tensions. Mais les mêmes problèmes surgissent sans cesse. »
Les impacts environnementaux de l’exploitation minière
Pour les spécialistes du secteur, l’exploitation du granite entraîne des conséquences directes et durables sur l’environnement. Amadou Bah, directeur exécutif d’Action Mine Guinée, pointe des défaillances structurelles profondes : « Qui parle d’exploitation minière parle forcément d’une modification de l’environnement naturel. Le dynamitage provoque des vibrations et constitue une nuisance sonore qui dérange non seulement les humains, mais également les animaux, ce qui explique. pourquoi la quasi-totalité des animaux sauvages finit par fuir la localité. Ces vibrations peuvent aussi
causer des fissures sur les maisons, fragilisant leurs structures et mettant en danger les habitants. Il devrait y avoir des études sérieuses pour identifier des zones propices à l’implantation des carrières, avec toutes les mesures nécessaires liées à la gestion de la poussière et des nuisances sonores. Sans concertation entre les dif érentes parties, ce sont les populations qui subiront les conséquences. Aujourd’hui, le gouvernement peine à appliquer les dispositions du Code minier. L’État ne dispose pas suf isamment de cadres ni des moyens nécessaires pour que ses agents puissent aller correctement sur le terrain. »
Une biodiversité en forte régression
Les habitants témoignent d’une dégradation progressive et irréversible de leur environnement. M’mah Sylla, riveraine, exprime une inquiétude qui résume celle de tout un village :
« Nous comptons ici neuf carrières en activité. Pourtant, les sociétés n’arrosent pas les routes pour. limiter la poussière. Nous vivons dans une grande souf rance. La poussière envahit nos concessions et se dépose sur nos repas, au point de les rendre impropres à la consommation. Autrefois, nos parents. vivaient essentiellement de la chasse traditionnelle. Aujourd’hui, toutes ces espèces ont disparu à. cause du vacarme des camions et des machines. Nos plantes médicinales ont été détruites. Quant à. nos cours d’eau, ils ont pratiquement disparu à Kouriah, nous dépendons désormais des puits. Même
l’eau destinée à la consommation doit être tamisée avant usage. »
Disparition de la faune et des ressources naturelles
Le constat est le même pour Abdoulaye Camara, ancien chasseur. Son témoignage résume à lui seul. l’ampleur du désastre écologique :
« Moi que vous voyez aujourd’hui, j’étais un grand chasseur. Tousles animaux que nous trouvions autrefois ont disparu à cause de l’exploitation des carrières, qui a ravagé nos forêts. Nos cours d’eau se sont considérablement réduits, les espaces naturels ont été détruits, et tout ce qui faisait notre richesse, forêts, plantes médicinales et ressources hydriques, a. disparu. Cette terre est la nôtre et nous n’avons aucun autre endroit où aller. »
Des conditions de vie de plus en plus difficiles
Au-delà de l’environnement, c’est tout l’équilibre socio-économique de la zone qui se fissure. Bangaly Bangoura, président du district de Kolakhouré, dresse un tableau de plus en plus préoccupant : « Le premier problème majeur demeure l’état de la route, suivi de près par la poussière omniprésente. Les. marigots sont aujourd’hui devenus inexploitables, ensevelis par les déversements de granite. Jadis, l’agriculture constituait une source essentielle de subsistance, mais avec l’extension des carrières, les champs ne sont plus exploitables. La faune locale a progressivement disparu sous l’ef et du bruit des machines. Les relations avec les sociétés exploitantes restent dif iciles, et l’emploi des jeunes demeure insuf isant. »
La situation de Kouriah met en lumière la difficile conciliation entre exploitation des ressources naturelles et préservation de la biodiversité. Si les carrières contribuent à l’économie locale, leurs impacts sur l’environnement et sur les populations soulèvent des interrogations urgentes sur la durabilité du modèle actuel.
Cet article a été rédigé par Tenema Doumbouya et Joseph Zoumanigui à l’occasion de la couverture de la Journée mondiale de la Biodiversité dans le cadre du Projet Afri’kibaaru 2. Il a été édité par Sally Bilaly SOW.








