La présente déclaration des ONGs guinéennes signataires vise à sensibiliser l’opinion et les décideurs publics et privés à l’impact environnemental et social des grandes infrastructures fixes et linéaires sur les espèces de flore et de faune sauvage, les habitats naturels et les populations humaines en Guinée. En effet, usines, corridors d’acheminement de matières premières et d’équipements (routes, chemins de fer, pylônes et câbles électriques de haute tension), ports d’exportation, barrages hydroélectriques, grands aménagements hydro-agricoles sont autant d’infrastructures qui modifient le paysage naturel en le fragmentant parfois de manière surdimensionnée. Ce qui a pour conséquence directe d’impacter négativement les écosystèmes qui abritent les espèces de faune et de flore sauvage et de réduire de façon drastique le couvert végétal du pays et du coup d’enrayer les services écosystémiques que fournissent les paysages forestiers et les zones humides.
Les espèces de la biodiversité sont des indicatrices de la santé écologique des milieux naturels dans lesquels elles vivent. Ces milieux peuvent être riches ou pauvres en biodiversité en fonction des multiples pressions anthropiques qui pèsent sur eux. Or aujourd’hui tous les guinéens s’accordent sur l’évidence de la baisse considérable des populations de faune sauvage, baisse qui découle en partie la dégradation du couvert végétal.
Dans ce même contexte, on constate que des projets de construction sont réalisés et continuent de se poursuivre sur ie littoral sans aucune autorisation environnementale préalable, touchant même des zones humides à protéger comme la zone de mangrove de Kobaya-Sonfonia visée pour accueillir des infrastructures urbaines du Grand-Conakry. La mangrove qui est un écosystème fragile dont dépend pourtant nombre d’activités économiques est comme on peut le constater en dégradation poussée. La zone côtière est dans son ensemble la plus menacée aujourd’hui et a le besoin spécifique urgent d’un schéma d’aménagement accompagné d’une loi sur le littoral. Ces deux documents qui seraient depuis quelque temps en cours d’élaboration ne sont toujours pas achevés. Il en va de même pour un nouveau schéma national d’aménagement du territoire lui aussi en cours de préparation. Le pays est doté de son arsenal juridique de protection de l’environnement, des espèces de faune et de flore et des habitats naturels. Il possède également des politiques, des réglementations et des normes environnementales qui même si elles ne sont pas encore complètes peuvent déjà servir de cadre de référence assez solide pour la conduite des études environnementales stratégiques et des études d’impact environnemental et social devant précéder l’autorisation d’entreprendre la réalisation de tout grand projet de développement d’infrastructures dans le pays.
En outre, la Guinée est pays-partie à plusieurs conventions internationales et que cela étant elle est dans l’obligation de respecter ses engagements
C’est tout ce que voilà qui constitue le fondement de la présente déclaration conçue pour attirer l’attention des acteurs publics et privés sur la nécessité de parvenir à concilier développement socioéconomique et conservation des espèces et habitats de la biodiversité en même temps que la protection du cadre de vie des populations humaines.

Les ONG signataires en appellent à la conscience et à la responsabilité sociétale de tous ces acteurs majeurs qui ont la main sur les décisions à prendre concernant les activités de développement du pays pour qu’ils fassent en sorte que celles-ci soient respectueuses de l’environnement à travers l’observation stricte des normes en vigueur au plan national et international. Les acteurs principaux et majeurs du développement sont ceux qui plus que d’autres doivent s’approprier de ces normes.
Et comme les financements de ces infrastructures proviennent souvent de banques multilatérales de développement et d’organismes d’aide bilatérale, du budget national et d’entreprises privées installées ou visant à s’installer en Guinée, c’est à ces acteurs là que la présente déclaration est destinée en priorité. Il faut que ces institutions, dans le respect de leurs politiques de sauvegarde de l’environnement, veillent de manière responsable à l’utilisation de leurs apports financiers dans le développement d’infrastructures. A défaut, elles pourraient se rendre coupables de la destruction de l’environnement et de la biodiversité allant jusqu’à la perte nette d’espèces-clés et d’habitats critiques.
Les ONG signataires de la présente déclaration se disent prêtes à apporter leur contribution dans

l’effort visant à renforcer la surveillance environnementale et sociale des grands projets, et notamment de s’impliquer dans la vérification du respect des cahiers de charges pour la mise en œuvre des plans de gestion environnementale et sociale (PGES) des grands projets d’infrastructures incluant la prise en compte de la hiérarchie d’atténuation – « Eviter-Atténuer-Restaurer-Compenser ». A cet effet le Service compétent du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable doit rendre les études d’impact environnemental et social accessibles au public et à tout citoyen qui le désire comme légalement prévu.
Les ONG signataires s’engagent à travailler inlassablement ensemble pour poursuivre et renforcer un plaidoyer continu en vue d’éviter à la Guinée que des impacts négatifs des grandes infrastructures soient volontairement ou involontairement ignorés par leurs auteurs. Elles s’engagent à tenir régulièrement des réunions, des conférences de presse et à produire et diffuser des publications pour maintenir cet appel en faveur de la protection de l’environnement et la conservation des espèces de la biodiversité et de leurs habitats ainsi que la protection du littoral guinéen et de l’ensemble des écosystèmes en Guinée.

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