Il n’est un secret pour personne aujourd’hui que les forêts classées du pays sont dégradées.

 Coupe abusive du bois, culture sur brûlis et braconnage sont enregistrés au regard au quotidien au vu et au su de tous et au grand dam des défenseurs de la chose environnementale.

Fort Heureusement, cette dégradation n’est pas pratiquée du moins, à outrance dans certaines régions du pays. C’est le cas de la forêt classé de tiawel qui s’étend sur 470 hectares à une dizaine de kilomètres de la ville carrefour Mamou sur la nationale kindia-Mamou.

De nombreuses espèces animales et végétales y vivent et bénéficient encore de la protection des autorités et des populations environnantes, toute chose qui n’est pas courante.

Idiatou CAMARA vient de séjourner à Mamou et a fait un tour dans cet espace paradisiaque en compagnie du conservateur de la forêt  Mamadou KANTE qui veille sur cet espace depuis 14 ans.

 

M.KANTE présentez-nous cette forêt et qu’est-ce qu’on y trouve ?

Merci pour votre visite et pour vous répondre je dirai que la forêt de tiawel couvre une superficie de 600 hectares et a été classée en 1930 par l’administration coloniale comme telle. Mais lorsque l’école forestière a été créée, les activités maraichères notamment, il en est reste 470 hectares aujourd’hui. Et donc depuis 1930 le patrimoine est géré par la section préfectorale de l’environnement de la préfecture de Mamou. C’est en 1991 que la gestion est revenue à l’ENATEF, l’école nationale des agents techniques des eaux et forêts où je suis également chargé de cours.

Quelles sont les espèces animales et végétales qu’on trouve dans cette forêt ?

Pour les espèces végétales, on y trouve plusieurs, mais je vais vous citer les plus dominantes. Parmi elles, il y’a le Koura, le néré à base duquel on fait le soumbara, qui est une poudre très prisée dans la cuisine africaine vous le savez, il y’a aussi le teli, le lingue, l’iroko et tant d’autres.

S’agissant des animaux, vous avez des singes, des reptiles, des oiseaux et des Chimpanzés, la liste est longue. Je précise que les chimpanzés comme les autres espèces sont à l’état sauvage, ça veut dire qu’on ne les approche pas mais on veille sur eux  pour les protéger des chasseurs.

Vous dites que les animaux, les chimpanzés notamment sont à l’état sauvage, donc dangereux, et comment vous faites pour éviter d’être en danger?

Nous faisons attention, nous prenons toutes les précautions, vous savez les animaux ont le flirt, ils savent ceux qui les veulent du bien et ceux par contre qui leur veulent du mal. Le danger c’est avec les reptiles, là c’est plus dangereux, mais bon ce sont les risques du métier aussi.

Si on vous demandait de nous parler de l’importance des arbres et des forêts dans la vie des êtres vivants, que répondriez-vous ? 

Je dirai que les forêts ont beaucoup d’importance dans notre vie. Je vais les énumérer en trois catégories.

Sociale, économique et touristique. Sociale, parce que vous savez que les produits pharmaceutiques et traditionnels qu’on appelle pharmacopée sont faits à base de plantes. Les populations peuvent aussi se procurer du bois de chauffe, faire le maraichage ou l’agriculture à petite échelle. Cela fait partir de ce qu’on appelle « droit d’usage » des forêts. Il y’a les fruits, les produits maraichers cultivés par les femmes des villages environnants.

Sur le plan économique, vous avez les meubles, nos charpentes de maison sont à base des arbres tirés de la forêt.

Sur le plan environnemental, les plantes luttent contre la pollution de l’air et protègent les têtes de source.

Elles luttent aussi contre le changement climatique, régulent la température, elles luttent également contre l’érosion des sols et protègent les têtes de source des cours d’eaux et berges.

Enfin sur le plan touristique, une autre importance des forêts, vous avez les gens qui viennent ici se promener pour trouver de l’air pur, vous-même vous avez remarqué l’air frais qu’il y’a ici. Il serait bien de valoriser cela pour faire des économies pour l’entretien de la forêt et de l’école forestière notamment je pense.

Dans votre travail de conservateur, les jeunes ne se bousculent. Avez-vous un message dans ce sens à leur endroit ? Et pourquoi cette situation selon vous

Vous avez tout à fait raison. Personnellement lorsque je venais ici,  nous étions une cinquantaine, mais la plupart des jeunes sont partis faire autre chose. Imaginez que j’ai quitté Conakry avec tout ce qu’il y’a en milieu urbain, pour me retrouver ici avec la nature ce n’est pas facile.

Mais aujourd’hui j’avoue que je ne peux pas vivre sans cette forêt, tous les jours je viens surveiller parce que je me sens bien ici, et lorsque je vais à Conakry je n’ai pas envie d’y rester parce que la forêt, le bruit des oiseaux me manquent. On se moque même de moi pour dire le campagnard il veut déjà rentrer (sourire).

Avez-vous des difficultés dans votre travail de conservateur ou en ce qui concerne la forêt elle-même ?

Des difficultés, comme dans tout travail nous en avons. Il s’agit des moyens logistiques réduits que nous avons. Il nous arrive de trouver nous même du carburant pour mettre dans les motos parce qu’il faut surveiller régulièrement la forêt et ce n’est pas toujours facile. Donc nous lançons un appel dans ce sens aux autorités et aux partenaires.

Il arrive aussi que des gens mettent le feu en y laissant des cigarettes, ou les populations environnantes qui mettent de temps à autre le feu. Mais depuis quelques temps cela se produit moins, avec les sensibilisations que nous faisons, les populations ont pris conscience de la nécessité de protéger le patrimoine qui est à eux aussi. Je dois aussi mentionner que cette forêt est l’une des rares aujourd’hui de la préfecture de Mamou encore dans cet état de protection que vous constatez et que vous appréciez d’ailleurs. Toutes les autres sont vraiment dégradées, la préfecture compte une dizaine de forêts classées, mais elles sont détruites. De loin vous pensez qu’elles sont denses mais une fois à l’intérieur c’est la déception totale.

Avez-vous un message à l’endroit des autorités, de vos collègues conservateurs et des populations dans le cadre de la protection de ce qui nous reste dans le pays, je veux parler justement de ces forêts classées 

Je dirai de protéger ce qui nous reste comme vous le dites. Il faut avoir la conscience que c’est notre patrimoine à tous et que nous avons tous intérêt chacun où qu’il se trouve de les protéger.

Il faut ensuite reboiser lorsqu’on coupe les bois, parce qu’on ne peut pas vivre sans les forêts c’est indéniable, donc nous avons intérêt de les protéger pour notre survie. Il faut suivre les plantes, reboiser, sensibiliser les communautés et mettre en terre des plants adaptés aux sols et ce n’est pas toujours le cas malheureusement.

Je vous remercie pour cette opportunité, revenez quand vous voulez ce serait toujours un plaisir de vous faire visiter notre forêt.

Idiatou CAMARA pour Guineematin.com et Radio Environnement Guinée

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here