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Dans une capitale qui produit plus de 2 000 tonnes de déchets par jour et où les pluies extrêmes devraient s’intensifier avec le réchauffement climatique, un collectif de jeunes de Hamdallaye, dans la commune de Ratoma, débouche depuis 2020 les caniveaux de leur quartier. Une parade peu coûteuse, que l’État a lui-même adoptée, mais qui bute sur le manque de matériel, l’irrégularité de la collecte des ordures et l’essoufflement des mobilisations une fois la saison des pluies installée.

Des pneus. Des sacs plastique. Voilà ce que les jeunes de Hamdallaye ont trouvé en curant certains caniveaux de leur quartier, recouverts sans avoir été nettoyés. « Il y a eu un véritable manque de suivi, constate Mamadou Lamarana Diallo, coordinateur du collectif. Les caniveaux ne parvenaient pas à drainer les eaux parce qu’ils étaient bouchés. »

En juillet 2026, en pleine saison des pluies, Conakry a de nouveau les pieds dans l’eau. À Hamdallaye, dans la commune de Ratoma, ce collectif de jeunes n’attend plus que l’eau monte. Il cure lui-même les caniveaux avant les grandes pluies.

Plus de pluie, plus de déchets, moins d’écoulement

Bâtie sur une presqu’île entre l’océan Atlantique et l’arrière-pays, Conakry reçoit près de 3 000 millimètres de pluie par an en moyenne, pour l’essentiel entre juin et octobre. Le Programme d’action national d’adaptation (PANA) de la Guinée rappelle que la zone côtière est faite de plaines d’à peine 4 à 5 mètres d’altitude, inondables par la marée comme par les débordements des cours d’eau. Et le réchauffement climatique aggrave la menace. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) projette une hausse des fortes précipitations et des inondations pluviales en Afrique de l’Ouest.

Avant les premières grandes pluies de 2026, les autorités ont recensé 120 sites critiques dans le Grand Conakry, dont 119 classés à risque élevé. Près de 5 900 ménages, soit environ 35 000 personnes, y sont directement exposés, et 113 de ces sites sont inondés chaque année. Dixinn, Matam, Ratoma, Sonfonia, Manéah et Coyah figurent parmi les zones les plus menacées. Le ministère de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures ne met pas la pluie seule en cause. Il pointe les caniveaux bouchés, l’occupation anarchique des zones de passage des eaux, le rejet des déchets dans les ouvrages d’assainissement et le non-respect des règles d’urbanisme. « Les lieux où l’eau se regroupait sont bouchés par des villas », résume Jean-Pierre Haba, cadre du ministère.

Au cœur du problème, il y a les ordures. Le Grand Conakry en produit plus de 2 000 tonnes par jour, selon l’Agence nationale de l’assainissement et de la salubrité publique (ANASP), contre environ 1 600 tonnes annoncées par le ministre en charge du secteur en 2021. La décharge de Dar-es-Salam, à elle seule, en recevait jusqu’à 2 200 tonnes par jour. Rien que dans la commune de Ratoma, il faudrait évacuer quelque 700 tonnes d’ordures chaque jour, et 16 bacs manquent pour y parvenir. Ce qui n’est pas ramassé finit sur les trottoirs, dans les dépotoirs sauvages et dans les caniveaux. En septembre, l’ANASP a lancé l’opération « Épervier » contre un dépotoir installé derrière l’hôpital Jean-Paul II, à Ratoma : 84 000 tonnes de déchets, dont l’évacuation a nécessité plus de soixante rotations de camions pour en retirer environ la moitié.

Les autorités reconnaissent que le problème dépasse la logistique. « Le plus difficile n’est pas le ramassage ou la transformation des déchets, c’est d’apprendre à ne plus salir », affirme le ministre Aboubacar Camara. Le chef de l’État, Mamadi Doumbouya, a pour sa part demandé de « préserver les vies humaines, éviter des morts à chaque saison des pluies ».

« Nous n’avons pas voulu attendre l’État »

C’est dans ce contexte qu’est né, en 2020, le Collectif des jeunes volontaires pour la propreté de Hamdallaye. Selon son coordinateur, la structure a été créée pour « contribuer au développement local » du quartier. « Nous n’avons pas voulu attendre l’État. Depuis la création de l’association, nous avons organisé des campagnes de reboisement, de sensibilisation et des curages de caniveaux », rappelle-t-il.

À chaque opération d’assainissement, les jeunes des quatre secteurs de Hamdallaye se mobilisent selon leurs disponibilités. Ils dégagent les caniveaux, évacuent les déchets retirés et sensibilisent les ménages riverains pour que les ouvrages ne redeviennent pas des poubelles.

Ces curages servent aussi de diagnostic. Le coordinateur juge les ouvrages « mal faits » et précise que « l’obstruction des caniveaux par les déchets contribue directement aux inondations. C’est l’une des causes principales. Le manque d’entretien régulier des canalisations en est une autre. Les caniveaux doivent être entretenus, sinon l’évacuation des eaux de pluie est bloquée. »

Ce que cela change

Le curage citoyen reste l’une des parades les plus économiques. Il ne demande pas de moyens colossaux, mais une volonté collective et de la constance. Et il a un atout que les opérations ponctuelles n’ont pas. Les jeunes connaissent chaque caniveau de leur quartier et repèrent les points de blocage avant la saison des pluies.

Une méthode que l’État a fait sienne

Les pouvoirs publics ont adopté la même approche. Du 12 mai au 12 juin 2026, le ministère de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures a mobilisé près d’un millier d’agents, de techniciens et de volontaires pour curer les caniveaux du Grand Conakry, de 22 heures à 6 heures du matin. « Cette opération vise à renforcer la salubrité publique et à prévenir les risques d’inondation », expliquait alors le ministre Aboubacar Camara, en précisant que les équipes seraient « déployées sur les principaux axes routiers, marchés et points critiques identifiés ».

Mais l’opération officielle a la même limite que les initiatives de quartier. L’effort s’arrête au moment où la saison des pluies commence.

Les limites : matériel, collecte et constance

Les mobilisations s’essoufflent précisément quand elles seraient le plus utiles. Beaucoup d’habitants pensent qu’une fois curés, les caniveaux peuvent absorber ordures et eaux usées sans risque. Sans entretien régulier, les ouvrages se rebouchent en quelques semaines. Et plus les pluies s’intensifient, plus la facture s’alourdit : zones inondées, réseaux de drainage saturés, déchets charriés par les eaux.

Le collectif bute aussi sur ses propres moyens. « Par endroits, nous n’avons pas pu accéder aux caniveaux parce que nous n’avons pas le matériel nécessaire pour soulever les petits dalots. Il y a beaucoup de déchets et la canalisation est mal faite. Les eaux n’arrivent pas directement dans les caniveaux, elles coulent sur le goudron, ce qui contribue à la dégradation du bitume », explique Mamadou Lamarana Diallo.

En amont, la collecte reste le maillon faible. « D’après les retours des ménages du quartier, les PME ne passent pas régulièrement pour la collecte des déchets, alors que les citoyens sont abonnés », déplore le coordinateur. Faute de ramassage, les ordures retournent vers les caniveaux à peine nettoyés.

S’y ajoute une inégalité. Les quartiers les mieux organisés, ou les plus visibles, bénéficient davantage des opérations de nettoyage, tandis que d’autres zones restent livrées à elles-mêmes.

L’hivernage 2026, un rappel brutal

La saison des pluies 2026 a montré ce que coûtent ces angles morts. Le 10 août, à Gbessia, un garçon de 12 ans a été emporté par les eaux de ruissellement. Dans la nuit du 22 au 23 août, gorgée d’eau, la décharge de Dar-es-Salam s’est effondrée sur les habitations voisines : 34 morts selon le bilan officiel et plus d’une vingtaine de blessés. Le drame est survenu presque jour pour jour neuf ans après un premier éboulement au même endroit, qui avait tué neuf personnes en août 2017, et le jour même où la fermeture du site était programmée. Enfin, dans la nuit du 18 au 19 septembre, de fortes pluies sur Conakry et Coyah ont fait un mort et huit blessés et affecté 269 personnes, contraignant l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires (ANGUCH) à ouvrir un abri temporaire.

Après le drame de Dar-es-Salam, le gouvernement a durci le ton. « L’administration était déjà passée plusieurs fois, des déguerpissements ont été faits sur ces lieux, des avertissements ont été donnés plusieurs fois », a rappelé sur place le général Amara Camara, ministre secrétaire général de la Présidence et porte-parole, avant d’annoncer : « Tout ce qu’il y a ici comme ordures doit être transformé en parc urbain. » Pour l’après-Dar-es-Salam, l’État mise sur un centre d’enfouissement technique à Baritodé, dans la préfecture de Coyah, un projet de 70 millions d’euros soutenu par l’Union européenne et l’Agence française de développement.

Ce que Hamdallaye enseigne

Les grands chantiers prendront des années. En attendant, l’expérience de Hamdallaye montre qu’une partie de la réponse se joue à l’échelle de la rue. Des habitants qui connaissent leurs caniveaux, les entretiennent et signalent les ouvrages mal conçus. Elle montre aussi que la bonne volonté ne suffit pas sans matériel, sans collecte régulière des ordures et sans un entretien pendant toute la saison des pluies.

Le collectif demande à être associé aux décisions. « Nous demandons à l’État de consulter directement les associations à la base », insiste Mamadou Lamarana Diallo. Dans une ville où les fortes pluies devraient se multiplier et où les déchets s’accumulent plus vite qu’on ne les ramasse, l’enjeu est d’en faire un réflexe. « Les caniveaux doivent être entretenus », répète le coordinateur. Toute l’année, pas seulement à la veille des pluies.

Cet article a été rédigé par Mariame BAH et Elisabeth Guilavogui dans le cadre du Projet Afri’Kibaaru 2 mis en œuvre par CFI, avec l’appui financier de l’AFD. Il a été édité Sally Bilaly Sow et approuvé par Idiatou CAMARA Administratrice Générale de Radio Environnement

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