Dans la région de Conakry, l’île de Kassa située à environ 7 km du chef-lieu de la capitale est une commune rurale insulaire dont l’économie et le mode de vie dépendent fortement de la mer, avec un fort potentiel touristique et des besoins importants en infrastructures et gestion environnementale. L’île fait face aujourd’hui à une pollution plastique de plus en plus préoccupante. Des tonnes de déchets s’accumulent sur les plages, menaçant l’environnement, les ressources halieutiques, la santé publique et l’activité économique locale. Alors que l’incinération reste la méthode la plus utilisée par les habitants, chercheurs et autorités de proximité réclament aujourd’hui des solutions structurelles.
Pour Dr BALDÉ Mamadou Yaya, enseignant-chercheur en chimie de l’environnement à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry et chef de département à l’IREG, la situation est critique :<<L’incinération est devenue une habitude parce qu’il n’y a aucune solution alternative mise à la disposition des populations. Ils brûlent les plastiques parce que c’est rapide et accessible. Mais cette méthode est extrêmement dangereuse. Ce n’est pas une solution, c’est un renforcement du problème.>> a-t-il expliqué.
Le chercheur explique que cette pratique expose directement les habitants à des fumées toxiques, souvent invisibles :<< Le plastique brûlé dégage des gaz cancérigènes tels que les dioxines et les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Ce sont des composés qui s’infiltrent dans les poumons, dans le sang, et qui peuvent provoquer des maladies respiratoires, des troubles cardiaques et des cancers. Les gens ne s’en rendent pas compte, mais cette pollution chimique les atteint progressivement.>> a-t-il souligné.
Une pollution qui dépasse largement Kassa.
Dr Yaya insiste également sur la portée régionale du phénomène :<<La fumée n’a pas de frontière. Quand vous brûlez du plastique à Kassa, la fumée peut être transportée par les vents marins jusqu’à Conakry. Ce qui se passe ici a des répercussions sur toute la ville, voire même sur d’autres zones côtières.>> a t-il déploré.
Des impacts graves sur la mer et la chaîne alimentaire
Le chercheur développe les mécanismes de la pollution marine :<<Quand les plastiques restent longtemps dans la mer, ils se dégradent en microplastiques. Ces particules contiennent des noyaux aromatiques, qui sont des molécules extrêmement dangereuses. Les poissons les ingèrent machinalement, en pensant que ce sont des nutriments. Cela affaiblit les espèces, perturbe leur reproduction et peut entraîner leur disparition.>> a-t-il expliqué.
l souligne aussi un risque direct pour les consommateurs :<<Le danger ne s’arrête pas dans l’eau. Nous mangeons ces poissons. Nous consommons donc indirectement ces produits chimiques. Cela signifie que la pollution plastique se retrouve dans nos assiettes. C’est un cercle vicieux qui doit être absolument brisé.Installer un petit atelier de recyclage ici à Kassa permettrait non seulement de réduire la pollution, mais aussi de créer des emplois pour les jeunes. Ils pourraient transformer les plastiques en pavés, en dalles ou en objets utiles pour la communauté. Ce serait une solution économique, sociale et environnementale. >> a conclu Dr Baldé.
Sur le terrain, Mohamed Lamine Sylla, chef de quartier de Kassa, constate quotidiennement l’ampleur du problème. Il affirme que les déchets visibles sur les plages ne sont pas uniquement ceux produits par les habitants,mais par la capitale:<< Les ordures que vous voyez ne viennent pas toutes de Kassa. À Conakry, beaucoup de gens jettent directement leurs déchets dans la mer. Avec les courants marins, tout vient s’échouer ici. Nous payons les conséquences des mauvais comportements de la ville.>> a-t-il déploré.
Des efforts communautaires, mais des moyens très limités
Le chef de quartier parle o efforts menés par la population :<<Nous avons dix groupes de femmes mareyeuses qui nettoient régulièrement les plages et les bordures de mer. Elles travaillent avec courage, sans gants, sans bottes, parfois même sans outils adaptés. Leur volonté est grande, mais leurs moyens sont faibles.>> a-t-il fait savoir.
Selon lui, la communauté fait ce qu’elle peut avec très peu de moyens:<< Vous voyez ces tas d’ordures ? Ce sont les habitants eux-mêmes qui les ont rassemblés. Ils veulent que leur île soit propre. Mais nous ne pouvons pas faire plus tant que nous n’avons pas de matériel, ni de véhicules, ni de points de dépôt pour transporter les déchets ailleurs.>> a-t-il précisé.
Le programme riz contre plastiques : une incitation utile, mais insuffisante
Le chef de quartier salue l’initiative de la gouverneure tout en soulignant ses limites :<<Le programme qui échange les plastiques contre du riz motive la population, surtout les jeunes et les femmes. On pèse les ordures, et ils reçoivent du riz en échange. Mais ce n’est pas une solution définitive. On ramasse, on stocke et après, il faut envoyer tout à Conakry. C’est coûteux et compliqué.>> s’est t-il confié.
Une pêche fortement perturbée par les déchets.
Mohamed Lamine Sylla insiste sur l’impact direct de la pollution sur l’activité principale de l’île :<<La pêche est notre vie. Mais quand les filets se remplissent d’ordures, on ne peut rien attraper. Le pêcheur passe toute sa journée à démêler les plastiques, les sachets, les déchets flottants. C’est une perte de temps, une perte d’argent et un découragement totalSi rien n’est fait, les jeunes vont abandonner la pêche. Et quand la pêche meurt, Kassa meurt.>> a-t-il déploré avec amertume.
Chercheurs, autorités locales et habitants lancent le même cri de cœur : Kassa ne peut pas affronter seule l’invasion des plastiques.
Il faut rappeler que l’avenir de Kassa dépend de la capacité collective à agir rapidement pour préserver l’environnement, protéger la santé des populations et sauvegarder la pêche, pilier économique de l’île.
Joe ZOUM envoyé spécial sur l’île de kassa au compte du projet Afrikibaru2.






